« La dissolution n’est pas la solution ! »

Christophe Estève, co référent de Place Publique Outre Mer, estime que la dissolution n’est pas la solution.

En ces temps de tensions sociales, politiques et économiques, nous devons être clairs : dissoudre l’Assemblée nationale ne réglera rien. Au contraire, c’est un risque que nous ne pouvons pas nous permettre quand la menace de l’extrême droite au pouvoir n’a jamais été aussi forte.

L’intérêt général oublié, les jeux de partis en première ligne

Aujourd’hui, la politique semble être un jeu intérieur de partis, d’alliances tactiques et de calculs électoraux. L’intérêt général, lui, est trop souvent passé au second plan. Pourtant, la République, ce sont les Françaises, les Français, particulièrement nos compatriotes d’Outre Mer, ici Réunionnais et Réunionnaises qui se lèvent chaque matin, partent au travail, affrontent les frais qui montent, les dépenses qui pèsent.

Le coût de la vie ne cesse d’augmenter. L’énergie, le logement, l’alimentation absorbent une part toujours plus grande des budgets. Mais les salaires, les pensions, les aides sociales ne suivent pas avec la même amplitude. Le pouvoir d’achat s’érode, surtout pour celles et ceux qui déjà vivent avec peu. Et dans nos Outre Mer, cette érosion est encore plus dure : l’insularité, les coûts de transport, les surcoûts multiples rendent beaucoup de biens essentiels beaucoup plus chers et les marges beaucoup plus étroites.

La réalité des services publics et du monde agricole

Les services publics tiennent à bout de bras. Les fonctionnaires, les agents de la santé, de l’éducation, des collectivités territoriales sont là tous les jours, malgré les injonctions, le manque de moyens, parfois l’absence de direction politique stable. Ils assument la mission républicaine : santé, éducation, sécurité, transport, justice… Leurs efforts méritent bien plus que les promesses : un cap clair, des moyens, une vision qui place l’humain au cœur.

Quant aux agriculteurs de La Réunion, ils continuent de nourrir la population, de produire, malgré les difficultés croissantes. Quelques chiffres : environ 7 000 agriculteurs sont concernés par le recensement agricole sur l’île.
Le secteur agricole réunionnais génère plus de 21 700 emplois directs (salariés permanents ou saisonniers) et représente une production valorisée à plusieurs centaines de millions d’euros.

Mais le nombre d’exploitations agricoles décline : entre 2020 et 2023, l’île est passée de 6 282 à 5 878 exploitations.
Les micro‐exploitations, qui sont souvent le terreau d’une agriculture locale, diversifiée, de proximité, disparaissent, tandis que les structures plus grandes se spécialisent. Cela pose la question de la souveraineté alimentaire, de la fracture rurale, de l’équité territoriale.

Précarité, salaires, inflation

Sur le plan national, l’inflation a été élevée pendant plusieurs années, rongeant le pouvoir d’achat. Récemment, les salaires ont commencé à rattraper, voire dépasser, l’inflation moyenne dans certains secteurs.
Mais ce rattrapage est trop lent, trop inégal, trop tardif pour celles et ceux qui ne tiennent pas à bout de bras, pour les foyers modestes, pour ceux qui vivent de petits salaires.

L’urgence de la responsabilité politique

Face à tout cela, la dissolution n’est pas une solution, c’est un leurre dangereux. Elle détourne notre attention des vraies urgences : le partage des richesses, la réduction des inégalités, la justice territoriale, la cohésion nationale, la protection des plus vulnérables. Elle peut ouvrir la porte à des extrémismes, à des dérives autoritaires, à des divisions que rien ne justifie.

Je demande solennellement au Président de la République, et à la ou au prochain Premier ministre : soyez là pour celles et ceux qui veulent travailler pour l’ensemble des habitantes et habitants du pays, pas seulement vos soutiens, pas seulement votre camp. Montrez que dans la République, la solidarité, le respect, l’égalité ne sont pas de simples mots, mais des engagements vivants.

Ce que nous devons exiger

  • Une hausse générale des salaires, en particulier pour les emplois les plus précaires, avec indexation sur le coût de la vie, surtout dans les Outre Mer.
  • Un renforcement massif des services publics (éducation, santé, transport, justice) dans tous les territoires, et une stratégie politique claire pour les soutenir durablement.
  • Une politique agricole qui reconnaisse, valorise et protège les petites exploitations, qui assure l’accès aux aides (comme celles du POSEI ou de la PAC) à tous, sans exclusion.
  • Une gouvernance qui redonne confiance, qui écoute, qui place l’intérêt commun au dessus des calculs électoraux, qui refuse la division.

Christophe Estève

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